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Alexandre Bianchi : Artisan Joaillier Créateur et Directeur de la Maison Bianchi - Alumni ING

Portraits

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20/01/2026

Alexandre Bianchi est Artisan Joaillier Créateur et Directeur de la Maison Bianchi, entreprise familiale fondée en 1978. En 2008, il rejoint la Maison et développe une branche dédiée à la joaillerie, orientée vers la conception de bijoux uniques et sur mesure.

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Qu’est-ce que cela représente pour vous d’avoir repris les rênes de la Maison Bianchi, fondée par vos parents ?

J’ai repris l’entreprise familiale en 2008, dans une logique de continuité et avec le même engagement que mes parents. Je perpétue avec fierté les techniques traditionnelles de l’horlogerie et de la joaillerie à la française, tout en y insufflant ma sensibilité créative et une vision plus contemporaine. 

À mon arrivée, je me suis d’abord attaché à développer une branche dédiée à la joaillerie, orientée vers la conception de bijoux uniques et sur mesure. J’ai souhaité valoriser encore davantage nos savoir-faire artisanaux, en structurant la Maison autour de deux pôles complémentaires : l’horlogerie et la joaillerie.

Il a fallu repenser en profondeur notre modèle économique, mais aussi notre manière de raconter notre métier. Ce qui m’a toujours animé, c’est le potentiel de développement de la Maison et la possibilité de la faire grandir sans jamais renier son âme. Aujourd’hui, nous formons une équipe d’une dizaine de collaborateurs, unis par la même volonté de faire évoluer la Maison en conjuguant excellence artisanale et esprit d’équipe.
 


Quelle est votre vision du management d’entreprise ?

J’ai été bien formé sur le plan technique, mais il m’a fallu développer mes compétences en matière de stratégie, d’économie et de marketing. Si j’affectionne profondément la dimension créative de mon métier de bijoutier-joaillier, j’endosse aussi pleinement le rôle de dirigeant d’entreprise, avec ce qu’il implique de vision, de structure et de conscience économique. Il est essentiel de comprendre la différence entre le chiffre d’affaires et la marge bénéficiaire, et de savoir comment donner du sens à chaque décision.

Je me suis posé une question déterminante : pourquoi un collaborateur choisirait-il de travailler ici ?  Cette réflexion m’a conduit à repenser entièrement notre modèle d’entreprise. J’ai voulu construire un cadre où chacun trouve sa place, où les postes s’adaptent aux envies, aux talents et aux besoins de ceux qui les occupent.

Je crois profondément qu’on ne peut ni ne doit retenir quelqu’un, mais on peut offrir un environnement dans lequel il a envie de rester : un lieu d’échanges, de belles rencontres entre artisans et clients, où chacun prend plaisir à ce qu’il fait.

Je n’embauche pas uniquement des savoir-faire, mais avant tout des savoir-être. C’est la qualité humaine des équipes qui crée la cohésion, l’esprit de collaboration, et in fine, la réussite collective de la Maison.
 


Quels sont les métiers qui œuvrent au sein de la Maison Bianchi ?

La Maison s’articule autour de deux grands pôles : la joaillerie et l’horlogerie.

Du côté joaillerie, on retrouve les métiers de bijoutier-joaillier, de sertisseur, de graveur, mais aussi des spécialistes de la CAO et de la recherche et développement. Pour ma part, j’aime particulièrement m’impliquer dans la partie créative : le dessin manuel, la conception des pièces et le travail de sertissage.

La branche horlogère regroupe des artisans spécialisés, horlogers, penduliers et micromécaniciens, qui veillent à la précision et à la durabilité de nos créations.

À ces métiers d’atelier s’ajoutent des fonctions de support et de développement : une équipe marketing et communication qui gère à la fois la visibilité de la Maison, la relation client, plus de 10 000 clients actifs aujourd’hui, ainsi que les réseaux sociaux et les actions internes. Nous organisons d’ailleurs régulièrement des événements pour renforcer la cohésion et le plaisir de travailler ensemble.

Enfin, un pôle administratif et gestion d’entreprise assure le bon fonctionnement de la structure, de la comptabilité à la finance, en passant par la coordination quotidienne des activités.
 


Vous avez suivi une double formation en joaillerie et horlogerie, puis en gemmologie à l’ING. En quoi ces études vous ont-elles préparé à votre métier actuel ?

L’horlogerie et la joaillerie sont deux univers totalement distincts, mais leur rencontre m’a permis d’avoir une vision très précise du métier. En tant que bijoutier-joaillier, cette double approche me donne une compréhension globale des savoir-faire artisanaux et des exigences techniques propres à chacun de ces domaines.

J’ai aussi découvert à quel point la gemmologie était essentielle. On ne peut pas concevoir une pièce sans connaître la pierre que l’on va sertir, sans comprendre sa nature, sa fragilité ou sa manière de capter la lumière. Fabriquer, c’est anticiper la façon dont la pierre va vivre dans le bijou.

Le monde minéral est d’une richesse infinie. Certaines pierres ont plusieurs millions d’années, c’est la nature qui nous les confie. Toutes, à mes yeux, sont précieuses, uniques et fascinantes. On a souvent tendance à lever les yeux vers le ciel, mais il suffit d’observer un cristal pour y découvrir un univers : des inclusions liquides ou gazeuses, des traces du temps. Les pierres sont de véritables capsules temporelles, elles renferment un fragment de l’histoire de la Terre.
 


Aujourd’hui, quelles sont les techniques ou approches artisanales qui vous tiennent le plus à cœur dans vos créations ? Quel est votre processus de création ?

Tout commence par une rencontre. Le client arrive souvent avec une idée, parfois même une émotion qu’il ne sait pas encore formuler. Mon rôle, c’est de l’écouter, de comprendre ce qu’il veut raconter à travers cette création.

Je l’invite d’abord à découvrir les pierres, non pas seulement les plus connues, mais tout l’univers minéral qui existe derrière : des gemmes rares, colorées, chacune avec sa personnalité. C’est une véritable initiation, un moment d’échange et de curiosité partagée.

À partir de là, je réalise un dessin à main levée, en direct, nourri par ce qu’il me confie : ses envies, son histoire, la symbolique qu’il veut transmettre. J’aime cette étape, car elle est profondément humaine. Le client me voit dessiner, on dialogue, et ensemble, on fait émerger une pièce qui lui ressemble vraiment.

Je considère qu’il m’offre quelque chose de précieux : la possibilité de vivre de ma passion. En retour, je prends soin de chaque projet comme d’un bijou déjà précieux. J’essaie d’aller au-delà de l’apparence, de briser le masque social pour atteindre une forme d’authenticité. C’est dans ce moment-là que la magie opère, quand la création devient une émotion, et que le client, face à sa pièce, reste sans voix.
 


La Maison Bianchi s’engage à travailler avec de l’or recyclé et des pierres issues de filières responsables. Pourquoi cet aspect est-il essentiel pour vous ?

Travailler la matière impose une responsabilité. On ne peut pas créer des bijoux sans se soucier de l’origine de ce que l’on façonne. L’or et les pierres sont des ressources rares, précieuses, et leur extraction a un impact humain et environnemental considérable. Il me paraît donc indispensable de m’assurer que ce que nous utilisons provient de sources respectueuses, de l’homme comme de la nature.

À la Maison, nous avons choisi de collaborer avec des fournisseurs certifiés par le Responsible Jewellery Council (RJC), garantissant une traçabilité complète de la chaîne d’approvisionnement. Nous privilégions également l’or recyclé, en récupérant les poussières et débris issus de notre propre production. C’est un geste concret, mais aussi symbolique : rien ne se perd, tout se transforme.

Les pierres, elles aussi, doivent être choisies avec exigence. Le Processus de Kimberley permet de s’assurer qu’aucun diamant ne provient de zones de conflit. Créer de manière responsable, c’est prolonger le respect que nous avons pour la matière, pour ceux qui la travaillent et pour ceux qui la portent.
 


La Maison Bianchi a obtenu le label “Entreprise du Patrimoine Vivant”. Que représente cette distinction pour vous et votre équipe ?

Ce label est une reconnaissance du travail accompli depuis plus de quarante ans par ma famille et l’ensemble de nos collaborateurs. Il valorise un savoir-faire artisanal d’excellence, mais aussi une exigence au quotidien : celle de préserver une production locale, responsable et durable.
 


Quel conseil donneriez-vous aux étudiants ou jeunes diplômés de l’ING qui souhaitent, comme vous, se lancer dans ce métier exigeant ?

Je dirais d’abord qu’il faut être conscient que la passion est une force, mais qu’elle peut aussi être dévorante. On donne beaucoup de soi dans ce métier, parfois au détriment du reste. Il m’a fallu du temps pour comprendre l’importance de bien m’entourer. On est toujours plus fort à plusieurs que seul.

L’essentiel n’est pas d’aller vite, mais d’aller loin. L’aspect humain est fondamental : pour créer pour les autres, il faut soi-même être dans un environnement bienveillant et stimulant. Les plus belles histoires professionnelles naissent souvent d’une rencontre, d’une envie commune, d’un projet partagé.

Je crois qu’une entreprise solide repose avant tout sur des savoir-être et des savoir-vivre, bien avant les savoir-faire. Les compétences s’acquièrent, mais l’attitude, la curiosité, l’envie d’apprendre et la manière de collaborer font toute la différence. C’est en cultivant cet esprit collectif, presque horizontal, que chacun peut trouver sa place et s’épanouir dans ce métier.

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Un grand merci à Alexandre pour cette interview inspirante et pour le partage de sa passion, un bel exemple du savoir-faire et de l’esprit d’excellence portés par les diplômés de l’ING.

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